Interview de M.Simeoni - MSConsulting
Pouvez-vous nous présenter votre cabinet?
Notre cabinet a été créé à Bastia en 2000 et offre des prestations de conseil en management à la fois aux entreprises et aux collectivités publiques ; cette démarche de création résultait d’un choix de vie volontariste, -vivre dans cette île, participer à son émancipation- et de l’identification d’une opportunité commerciale, sous la forme d’une insuffisance profonde et durable d’ingénierie privée en faveur du développement. Nous avions alors clairement sous-estimé les difficultés du marché, qui découlaient justement de la méconnaissance du management, nuisant à la prise de conscience par les entrepreneurs corses de la nécessité de mobiliser des conseils! De plus, la grande captivité de notre économie vis-à-vis du secteur public ne peut se concevoir tant que l’on n’a pas soi-même essayé d’entreprendre... Quel est la typologie de vos clients? Nous bénéficions aujourd’hui d’une répartition relativement équilibrée de notre activité, qui se ventile à 60 % sur les marchés publics (CTC, offices et Agences de la CTC, Conseil Général et structures intercommunales) et à 40 % sur le secteur privé, même s’il faut ajouter que la solvabilité de celui-ci vis-à-vis du conseil est souvent expliquée uniquement par l’existence de financements publics spécifiques (dispositifs ADEC, ATC ou ANVAR). Nos clients privés, outre quelques particuliers désireux d’entreprendre dans le tourisme, ne sont pas très représentatifs des entreprises locales dans leur comportement managérial tout du moins : il s’agit essentiellement d’entreprises en forte croissance et en structuration, qui apparaissent comme de véritables pionniers de l’économie Corse. Elles engrangent des succès et de la reconnaissance et nous les appuyons dans leur croissance, que ce soit sur le plan de la conception stratégique ou sur celui de la prospective financière. Enfin, même si nous réalisons l’essentiel de notre chiffre d’affaires dans l’île, nous essayons progressivement d’exporter notre savoir-faire, notamment vers les pays en voie de développement qui offrent de fortes potentialités dans l’assistance à la définition de politiques publiques. Selon le magazine "Capital", 30% des actifs corses sont fonctionnaires, 60% des revenus (directs et indirects) des corses viennent de l'Etat. Quel est votre sentiment face à ces chiffres? Que peut-on faire pour dynamiser notre économie? Au-delà des querelles de chiffres, les grands équilibres de l’économie corse sont plus que préoccupants :
Enfin, on notera que le tarissement progressif des financements publics constitue une certitude que nos gesticulations diverses ne pourront estomper. Cette situation inquiète de par son caractère redondant et de par notre incapacité collective à définir des solutions claires pour en sortir durablement. Cela semble d’autant plus dommageable que l’île possède des atouts formidables et que peu de choses permettraient à un secteur privé pour l’heure bridé, de définir implicitement un nouveau modèle de développement. Les ferments en sont là et pourraient rapidement disséminer leur enthousiasme. Les pré requis résident essentiellement à mon sens dans la définition d’un projet apaisé pour la Corse, reposant sur des priorités thématiques, sectorielles ou encore partenariales. On pourrait ainsi très clairement encourager, dans le cadre de cahiers des charges précis permettant d’assurer le respect des intérêts corses, l’implantation d’entreprises internationales spécialisées dans des domaines à fortes retombées, cohérents avec notre choix de développement : ingénierie environnementale, énergies renouvelables, NTIC etc. On remarquera d’ailleurs que la violence ne constitue pas le frein principal du point de vue des investissements directs étrangers : l’environnement général des affaires (facilités infrastructurelles, fiscalité, disponibilité des RH, etc.) est par contre directement en cause. Le développement des NTIC permet d'abaisser les barrières géographiques. En Corse, exploite-t-on réellement cette opportunité? Les collectivités locales y mettent-elles les moyens? Les différents indicateurs disponibles suggèrent que le taux de diffusion des nouvelles technologies est très élevé en Corse, grâce en partie à l’investissement public dans les infrastructures correspondantes : cela souligne l’adaptabilité de notre peuple, formé et avide d’ouverture ; Mais ce progrès technologique à lui seul ne suffit pas à libérer le énergies entrepreneuriales : notre modèle économique est trop dépendant des mannes publique et touristique pour profiter pleinement des gains de productivité associés aux NTIC : si tel n’était pas le cas, la problématique des transports aurait largement perdu de sa pertinence. Mais une fois de plus des précurseurs existent et il faut les nommer : je songe notamment à Webzine Maker, qui diffuse ses produits dans le monde entier jusqu’au Japon. Les entreprises qui vendent hors de l'île (France et Etranger) connaissent, en général, de bonnes performances. Ne doit-on pas favoriser ce mode de fonctionnement, car le marché intérieur est faible? Le diagnostic du commerce extérieur que nous avons conduit en partenariat avec ECOPA (un autre précurseur Bastiais !) et DMI international basé à Lyon souligne le caractère anecdotique des exportations corses qui s’élèvent, suivant nos estimations car bien sûr nous sommes dépourvus de balance commerciale, à moins de 1 % de notre PIB corse contre 20 à 21 % en moyenne pour les régions françaises. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas quelques entreprises remarquables, les pionnières dont nous parlons depuis le début de l’interview ou des TPE dont les productions exceptionnelles et en toutes petites séries sont très demandées. Pour développer de manière conséquente cette fonction dans les entreprises corses, il nous faudra quoi qu’il en soit assurer un aggiornamento de notre système économique. Lien: MSConsulting Nous remercions Marc Simeoni pour avoir pris le temps de répondre avec autant de précision à nos questions Jeudi 7 Juin 2007
Christophe Spinetti
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